13.07.2008
Robert Bresson
Les deux clés de voute essentiels du cinématographe sont l'image -ou plutot les rapports d'images-et le modèle.
Bresson emploi un objectif de 50 mm qui fait peu cinéma mais qui respecte le plus la vision de l'oeil.Il n'aime pas les travellings et les panoramiques qui ne correspondent pas aux mouvements de l'oeil.Pour Bresson un film s'élabore donc sur des rapports d'images .Un plan n 'est rien en soi.Iln 'existe que par rapport aux autres,ceux qui pécèdent et ceux qui suivent.Les images n' ont de pouvoir et de réalité que par leur position ,chacune agissant sur les autres,d'ou la nécessité pour toutes de "demeurer non dramatiques et non signifiantes.En effet,si une image regardée à part exprime nettement quelque chose,si elle comporte une interprétation elle ne se transformera pas au contact d'autres images.Elle est donc définie et inutilisable dans le système du cinématographe".Chez Bresson une image n'acquiert sa signifiacation que grace à son contact d'avec les autres.Elles doit etre en elle meme non signifiante.La meme image placéé dans un autre endroit du film ne signifiera pas la meme chose.Ainsi l'émotion ne naitra pas d'un quelconque psychologisme que Bresson réprouve ni d'une quelconque facondeou mimique d'acteurs mais elle jailliera de l'union intime des images.L'image doit avant tout avoir valeur d'échange et pour rendre possible cet échange il est nécesaire que les images aient ensemble quelque chose de commun.Une communion d'ame en quelque sorte.Et ce point commun est ce que Bresson a appelé ses modèles ,c'est à dire ses interprètes.Ce sont tous des non professionels auxquels ils faisaient signer dans leur contrat une clause d'exclusivité.Ils devaient s'engager à ne tourner qu'une seule et unique fois:avec Robert Bresson et ne plus jamais rejouer avec qui que ce soit d'autre.Il fallait que leur apport soit unique.Bresson les fait parler sur un ton aplani sans aucune préparation de role sans aucun psychologisme parce que,comme l'écrira Michel Estève:"pour que l'homme transparaisse dans son authenticité meme il impote de tuer en lui l'acteur".Bresson est contre l'emploi d'acteurs professionnels parce qu'il pense qu'on ne peut pas croire en eux dans deux films différents on rejoint là la clause d'unicité dont je vous parlais un modele pour etre crédible ne doit jouer qu'une fois.S'il se donne dans un autre film il devient alors un acteur et fait perdre sa crédibilité au film qu'il a précédemment tourner."L'acteur opère une projection.C'est cela son mouvement,il se projète au dehors alors que votre personnage non acteur doit etre absolument fermé. Nous sommes extrèmement complexes et ce que projette l'acteur n'est pas complexe".Bresson pense qu'au lieu de donner la chose exacte l'acteur plaque son émotion dessus pour imposer au public sa manière de réagir.Or il faut que l'émotionsoit ressentie directement par le spectateur elle doit etre immédiate et non pas jouéé,fabriquéé,par le comédien qui mime l'émotion,qui la joue.Le modèle devra etre vierge de toute interprétation psychologique.Il ne doit pas imposer sa vision des choses pour l'expression de tel ou tel sentiment.Ce doit etre au spectateur par le truchement des associations d'images de réagir selon sa propre personnalité.L'acteur impose une interprétation unique,simple et caricaturale alors qu'il y a plusieurs spectateurs et que chacun d'entre eux réagit d'une différente et complexe.Le modèle doit surtout ne jamais interpréter ,ne jamais jouer quoi que ce soit,,pour ce faire Bresson leur fait dire les phrases le plus mécaniqueùent possible:"les 9/10 ième de nos mouvements obéissent à l'habitude et à l'automatisme.Il est anti nature de les subordonner à la volonté et à la pensée".Il convient au contraire pour Bresson de retrouver l'automatisme de la vie réelle.Il ne demande pas aux modèles de jouer un texte,meme pas de le vivre,il ne s'agit meme pas de jouer simple ou intérieur mais de ne pas jouer du tout.Le modèle doit seulement dire son texte ainsi il n'interprète aucune émotion,ne traduit aucune situation psychologique.Bresson ne veut pas de mécanique intellectuelle ou cérébrale mais juste une mécanique ;la voix de ses modèles doit partir de syllabes égales ainsi elles prendront les inflexions propres à leur propre vie.Afin d'éviter toute interprétation Bresson demande à ses modèles de se parler comme s'ils se parlent à eux memes.De faire un monologue à la place d'un dialogue.Le ton aplani sur lequel sont dites les répliques est encore accentué par l'immobilité des visages que conserve l'émotion interne.Cette qualité tres particulière est obtenue par une postsynchronisation peu banale.Habituellement l'acteur qui fait la post synchro la fait face au film,en regardant son image sur l'écran.Le modèle bressonnien ne voit pas le film.Plongé dans l'obscurité il entent au casque les quelques mots prononcés par Bresson et il doit retrouver -en recommancant 20 à 30 fois-l'intonation et le rythme du tournage au lieu de cadrer avec un eimage pré existante qu'il verrait et tenterait donc d'utiliser.Michel Estève a eu une très belle phrase pour définir le travail du cinéaste sur son modèle:"Bresson cherche l'etre au delà de l'interprète affirmant ainsi la primauté de l 'etre humain".
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24.06.2008
Robert Bresson
Robert Bresson (1907-1999) accède au long métrage pendant la seconge guerre mondiale en 1943 donc au crepuscule du realisme poétique et 15 ans avant la nouvelle vague.Il n est donc porté par aucun mouvement esthétique et forgera tout seul son propre cinéma,son propre système,qu il baptisera "cinématographe".
Ses deux premiers longs métrages (l"les dames du bois de boulogne","les nages du peché",a mon sens ses deux moins bons)ne constituent encore que des approches du système Bresson car ils conservent du cinéma de l époque un certain gout pour le psychologisme,une esthétique parfois appuyée,un véritable découpage dramatique en plusieurs parties et l interpretation est encore assuréé par des comédiens professionnels. Le cinématographe ne commence véritablement qu a partir du magnifique "journal d un curé de campagne" (un de ses chefs d oeuvres),bien que pour ce film Bresson fasse encore appel a deux , trois acteurs professionnels mais ce qui est sur c est que des lors les recits de ses films ne repondront plus à une série d enchainements psychologiques et on ne saurait y decouvrir aucun mecanisme classique de narration.Les articulations d ensemble propres à proposer une lecture satisfaisante avec ses repères et ses relais explicatifs seront supprimés.La caractéristique principale du cinématographe est l'économie de moyens pour atteindre ce qu on pourra appeler le vérisme.Bresson ne tourne pas pour montrer des etres arretés a leur aspect exterieur mais pour découvrir la matière dont ils sont faits.Pour ce faire il utilisera très souvent le gros plan ,non pas pour qu il vienne préciser le plan général,mais au contraire pour qu il remplace les images d ensemble.En outre le gros plan a l avantage d aller droit a l essentiel et de laisser d emblée tout aspect psychologique hors cadre.Bresson pratique une constante épure de l'image.Chaque plan est vidé de tout ce qui est succeptible de gener la saisie des rapports ténus (forts déliés).Tous les fondements du cinématographe sont fondés sur l épure afin d atteindre l essentiel.
La musique et l image par exemple ne doivent pas faire double emploi:"lorsqu un son peut remplacer une image,supprimer l image ou la neutraliser.L oreille va davantage vers le dedans,l oeil vers le dehors".(extrait de "notes sur le cinématographe de Robert Bresson).La prédominance du son sur le visuel sera une des caractéristiques du cinéma de Bresson.Si un son peut indiquer une action il ne montrera pas cette action a l'écran. Quant aux dialogues et à la musique Bresson n aura recours à eux qu en ultime recours,en desespoir de cause en quelque sorte:"sois sur d avoir épuisé tout ce qui se communique par l immobilité et le silence.Que de paroles on peut exprimer avec la main,avec la tete...Combien de paroles inutiles et encombrantes alors disparaissent!quelle economie!".
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