22.11.2008
"le dossier 51" ou de l'utilisation de la photographie au cinéma,fin.
"Le dossier 51" est de ces films dont la fin nous permet de mieux saisir l'ampleur du propos et de vivre plus intensément l'histoire.Lorsqu'on sait Auphal mort ,au contraire des agents qui le font disparaitre de leur ordinateur,tout le film nous revient en mémoire et le parcours d'Auphal nous apparait triste et solitaire.Lorsque nous nous remémorons brièvement sa vie ce sont les photos du film qui nous reviennent à l'esprit ,comme elles ont déja servi aux agents à résumer Auphal elles rejaillissent pour nous faire voir 51 sous un jour nouveau.
La photographie dans ce film ne se contente pas de jouer un role original et essentiel (aussi bien narrativement que psychologiquement),elle est de double nature.Il y a en effet les photos prises par les agents qui nous présentent Auphal et sa femme,les commentaires en voix off nous renseignent autant que les photos le font,c'est à dire qu'on apprend pas grand chose,de toutes facons ce n'est pas le présent qui nous interesse mais le passé.Les photos qui nous renseignent donc quant au passé sont d'une autre nature ,elles sont la propriété de la famille d'Auphal ,prises par cette dernière.Ces photographies là s'avèreront capitales pour la suite de l'enquete.En effet chacune d'elles vue porte la preuve de la faille d'Auphal et c'est pourquoi lors de sa mort ce sont ces photos là qui nous reviennent en mémoire pour résumer sa vie:
-les photos d'Auphal enfant nous rappelle qu'il est un enfant adultérin.
-la photo de la femme aux yeux crevés qui avaient de petits seins et qui aimait la sodomie nous renvoie à l'homosexualité refoulée refoulée de 51.
-la photo du couple d'amis nous rappelle certes qu'Auphal fut l'amant de la femme mais qu'il gardait cette photo en souvenir de l'homme.
-la photo du camp nazi dans la chambre de la mère est certes le moyen par lequel un agent arrive à infiltrer l'intimité de la mère de Dominique Auphal mais cette photo nous ramène aussi au véritable père de 51 ,à la haine de la mère pour le père adoptif,pour les hommes en général et à son amour possessif pour son fils.
-on peut penser aussi avec ironie et douleur aux photos d'agents masculins nus selectionnés dans le but de séduire madame Auphal....En fait la vie d'Auphal se résumait en ces quelques photos et ce sont ces quelques photos qui causeront sa perte.
Enfin ce billet ne saurait etre complet si je ne parlai de l'opposition image/son qui réside dans l'affrontement Auphal/minerve.Si nous ne voyons Auphal pratiquement qu'en photos et n'entendons jamais sa voix il en va tout au contraire de Minerve.Des commanditaires de l'enquete on entend les voix mais on ne les voit jamais.A une exception près et encore...Auphal est connu via des images fixes et les propos tenus par Minerve tandis que ce dernier n'est défini que par les propos qu'il tient sur Auphal.
La photographie occupe dans ce film une place originale et primordiale.Au delà d'un plus cinématographique elle est la clef de voute de la narration.Elle est ce qui permet de garder son identité propre et personnellle alors que la parole n 'est qu'abus ,interprétation erronée ou une arme redoutable car elle est celle qui met à jour,qui dévoile et qui apparaitre l'ame humaine dans toute sa nudité.La photo au contraire est le monde de l'ombre et des secrets.Mais l'image alliée au son lorsqu'ils tiennent le meme discours est implaccable.Une phrase prononcée par Madame Auphal mère correspond parfaitement à l'idée que je me fais de l'utilisation de la photo dans ce film(elle dit cette phrase à l'agent qui l 'interroge sur les camps de la mort):"Vous etes l'Histoire qui pose un regard un peu froid sur ce qui reste pour nous brulant , déchirant (...),regard de scientifique ,on les classe par catégories,le pire serait l'oubli".
D'un coté il y a les agents pour qui les photos sont une arme de destruction ,sont un matériel froid;d'un autre il y a le spectateur pour qui ces memes photos sont sources de témoignages,de vie.Entre la machine d'un coté(à laquelle les agents sont clairement comparés),et l'humain de l'autre ,entre le témoignage de la photographie et ce qu'elle peut dévoiler de plus fragile ,de plus criant:entre ces deux extrémités il y a la faille,il y a la vie,il y a le cinéma,il y a tout ce qui est fragile;comme si le cinéma n'était qu'une longue étude viscérale et humaine d'un détail,d'une image...fixe.
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04.08.2008
"le dossier 51"ou de l'utilisation de la photographie au cinéma,part 4
La parole fonctionne par rapport à la photographie en contrepoint.Lorsqu'il s'agit des témoignages de l'entourage d'Auphal filmés par une caméra,l'image et la parole expriment la meme chose.Tandis que dans le cas d'une photographie la parole n 'est jamais son double,son synonime.Le son ne vient jamais dire la meme chsoe que la photo.Ils sont sans cesse en dissonance sauf à la fin ou la parole rejoint le signifié des photos et alors ce sera la dernière fois que nous verrons à l'écran une photo ,jusqu' à la fin le film n'utilisera plus dès lors que des procédés purement cinématographiques.La parole et la photo ne sront qu'une seule fois à l'unisson et ce sera pour sonner le glas,la mort,la faille que le verbe cherchait et que la photographie trahissait malgré elle.Peut etre (en interprétant abusivement)pourrait-on y voir de la part de Deville une réflexion sur qu'est ce que le cinéma.Peut-etre que l'image d'un coté et que le son de l'autre sont incomplets séparément;et qu'il faut les associer comme on le fait au cinéma pour que leur signification prenne tout leur sens.C'est après que la photo et que le son tiennent le meme langage que la personnalité d'Auphal,après que tout soit dit.Et dès lors que nous avons accès à sa véritable identité il ne nous est plus montré par le truchement des photos ou de dos ou de loin au contraire il nous devient proche,accessible,compréhensible,humain,il est filmé de face et en couleur.Ce n'est plus la caméra amateur des agents mais celle de Deville qui nous le dépeint.Il devient donc défini par des moyens purement cinématographiques ,Deville semble se méfier du discours que l'on peut porter sur les oeuvres cinématographiques,il semble préférer leur lecture immédiate avec toutes les zones d'ombres qu'elle peut comporter.Il semblerait que la facon la moins froide et la plus directe d'atteindre d'atteindre l'humain soit la caméra.En effet toutes les dernières scènes sont filmées et la mort d'Auphal ,son suicide,nous parait alors encore plus atroce que si on l'avait vu à travers des photos.Si on avait assisté à la mort d'Auphal par le biais des photos le point de vue adopté aurait été celui des agents (puisque ce sont les agents qui nous ont monté Auphal au travers des photos et non pas Deville-bien qu'évidemment ce soit lui qui manipule tout-qui lui montre le travail des agents-il nous manipule doublement,mais n'est ce pas l'essence meme du cinéma?),donc aurait été fait d'un point de vue glacant qui certes aurait été bouleversant mais qui resterait tout de meme inhumain puisque vu du coté service secret.Deville opte pour l'autre solution:c'est par sa caméra qu'on assiste à la mort d'Auphal donc c'est un regard humain qui est enfin porté sur cet homme.Et le spectateur devient témoin attristé de cette mort effroyable.A la fin du film Deville filmera l'immeuble des agents et leurs bureaux en plans fixes comme s'il s'agissait de photos puis les personnages de mettront à bouger probablement pour oeuvrer à une nouvelle enquete,the game is over,try again.
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03.07.2008
"le dossier 51" ou de l utilisation de la photographie au cinema,part 3
Auphal est défini comme 51 non seulement par les propos que tiennent les agents (c'est aux memes qui verbalement lui donnent ce numéro)mais également par les portraits que nous connaissons de lui.D'ailleurs les paroles tenues par les agents représentent généralement l'interprétation qu'ils font de ces photos.Auphal n'est jamais vu ,à de très rares exceptions près,autrement qu'au travers de ces photos.Elles sont au prime abord non signifiantes mais elles sont la seule matière qui définissent Auphal et ce dès le debut du film (voir la scène des archives).Auphal est alors totalement assimilé,fondu,aux photos qui le representent,les termes qui les définissent sont idoines:il s 'agit d'une vie lisse,sans relief ni aspérité,en noir et blanc,sans fard et sans couleur.Sans éclat.Il est physiquement défini par ces images fixes,immobiles;quant à sa personnalité elle nous est donnée par la parole des agents et par le truchement d'interviews des connaissances de 51.Nous n'entendrons jamais la voix d'Auphal.La photographie ne se contente pas de violer sa vie privée(les photos sont bien sur prises à son insue)mais elles lui volent aussi son identité.Auphal devient alors le type sur la photo:51.Sa personnalité nous est donc présentée d'une part d'une maniere neutre par le jeu de photos,de l'autre d'une manière totale interprétative et objective (dans le sens qu'Auphal n est plus le sujet).Le micro placé chez lui ne fonctionnera pas,il sera alors privé de voix pendant tout le film.Il ne sera défini que de manière truquée et froide,lisse,par les photos.
Les voix dans les films interviennent à deux niveaux par rapport à l'image photographique.Les memes mots auront deux sens différents selon l'interprétation que l'on se fera des photos.On peut tout faire dire à une photo:une chose et son contraire.Dans un premier temps nous percevrons donc les photos d'après les dires de Minerve,la parole prend alors le pas sur l'image,ce sera le règne du signifiant,puis ces memes photos seront lues une seconde fois par Esculape,le signifié primera,il ne s'agira plus des photos en elles memes dans leur manifestaion pure et simple,voire primaire,mais il s'agira de faire une lecture de ces photos et d'éluder le sens des divers objets qui les composent.Il s'agira alors d'aller au delà d ela manifestation matérielle du langage et de l 'apparence extérieure du signe en faisnat une lecture objective des informations brutes qui nous livrées.L'idnetité d'Auphal ne sera plus portée par le verbe mais par l'image et sa lecture directe;ainsi la comprehension de l'homosexualité de ce dernier ne se comprend que grace aux différents signes qui composent une carte postale (assimiléé à une photo)qu'il conservait dans son sac.
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19.06.2008
"le dossier 51" ou de l utilisation de la photographie au cinema,part 2
L histoire qui se joue sous nos yeux est celle d une filature et d une enquetes organisées par des services secrets sur un homme politique nommé Dominique Auphal.Les services secrets veulent Auphal a leur merci pour pouvoir infiltrer une organisation mondiale:l 'ODENS.
L histoire nous est contée par le biais d elements utilisés naturellement lors d enquetes de ce type:films,photos,ecoutes telephoniques.Elle nous est donc contée de maniere extremement neutre ,sans qu aucun jugement ne soit porté.Il ne s agit meme pas d une constatation cela ressemble beaucoup plus a une analyse méticuleuse voire clinique ou tout doit etre exposé,eclairci,rien ne saurait etre laissé au hasard,tout doit etre implacable et impecable ,lisse,comme le sont les bureaux des agents.Il ne s agit meme pas d une aventure humaine puisque l humain n existe plus en tant que tel:l individu devient un numéro (51,52...),un numéro de dossier,d opération,quant aux groupes d individus ils sont définis sous une appelation générique divine (minerve,esculape,mars...).
Dans ce contexte le premier apport de la photographie est de donner un ton glacé,neutre au témoignage qu elle apporte.Elle nous fait éprouver la distanciation que les agents mettent entre eux et le sujet observé.La photographie exerce comme une fascination morbide auprès du spectateur sur ce travail de traque auquel nous assistons. Nous découvrons les photos en meme temps que les agents ,elles sont au fur et a mesure interpétées par eux ce qui nous empeche tout libre arbitreet toute compassion pour Aupha,le numéro 51.Par l apparition fréquente des photos d Auphal il nous devient vite aussi un sujet que nous observons d une maniere froide.La photo nous permet donc de mettre une barriere entre Auphal et nous,barriere qui se revelera d autant plus cruelle lors de la tragédie finale.Sous son apparent aspect de froideur clinique,de neutralité, la photo nous manipule sans que nous ne puissions rien y faire et nous impose au sein meme des agents,nous sommes des leurs,nous ne sommes pas pour eux,nous sommes eux.Comme eux nous percevons l evolution de l intrigue par les photos,elles sont l articulation du developpement,le souffle qui nous tient en haleine.Elles sont neutres en elles memes mais la situation d observateurs qu elles nous imposent nous force a etre dans un point de vue subjectif.Auphal devient notre proie,l animal traqué a pourchasser.
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10.06.2008
"le dossier 51" de michel deville ou de l utilisation de la photographie au cinema,part 1
"le dossier 51" oeuvre cinématographique riche et complexe,realisée par Michel Deville en 1978, allie les divers procédés de la narration visuelle:photographie,diapositive,dessin,film amateur.Si ces procédés sont récurrents il ne s agit pas pour autant ici dun photo-roman facon chris maker dans "la jetée" ou la photo-comme image fixe-constituait le support essentiel de la narration visuelle(le seul passage mobile etant celui d un clignement d oeil),la photographie tient cependant ici une place toute aussi présente voire obsessionnelle et incontournable et assurement mémorable.Rarement une oeuvre cinematographique aura usé autant du medium photographique et ce de facon autant itérative ,ainsi il n est pas vain de dire,si l on doit résumer ce film inracontable ,de dire (de facon synthetique) qu il s agit d une histoire d espionnage relatée par le biais de photographies;alors qu en fait la photo n est utilisée que de facon parcimonieuse mais elle parait tellement essentielle récurente qu elle nous semble permanente.Si son intervention nous marque tant c est qu elle est le support contructif ,fondamental du film.Elle en est son squelette,sa respiration,ce sur quoi vont se greffer les autres données.La photographie n intervient pas ici comme une des cles du denouement scenaristique comme cela a pu etre le cas pour "l ascenseur pour l echafaud" de louis malle,elle est partie constituante du film,elle lui donne sa force,son articulation,son intensité et son sens.Elle y est d une justesse implaccable,féroce,cruelle et evidente.
Avant que de commencer il est necessaire de dire que l utilisation d une image fixe donc immobile (pas d un plan fixe comme cela peut etre parfois le cas chez Duras par exemple)est un procédé peu courant dans la narration cinématographique qui par essence renvoie au mouvement donc a la mobilité.Comme nous le verrons ultérieurement cette évolution,ce mouvement , du film grace a la photographie se fera par le biais de la voix off.La donnée visuelle "photographique" est essentielle parce que l image cinématographqie n aurait jamais pu retranscrir a elle seule le vraie signification du film,le drame de Dominique Aupal.
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