05.07.2008

la restauration de la couleur dans "un roi sans divertissement" part 5

"un roi sans divertissement" est un film tourné sur pellicule eastmancolor.La restauration fut faite par la cinémathèque francaise en 1990 à l'initiative du chef op Jean Badal et grace à l'heureuse rencontre de Jacques Meny et de Vincent Pinel alors à la tete de la cinémathèque.L'initiatiuve se déroula sans encombre car Vincent Pinel était partie prenante et les ayants droits,qui étaient connus,donnèrent tous leur plein accord.Il était essentiel de redonner ses couleurs à ce film qui qui,avec l 'affaidissement des dites couleurs,perdait tout son signifiant et allait à l'encontre de ce qu'avait voulu Giono.Le travail de restauration fut confié à Jean Badal qui avait été le chef opérateur du film en 1963.

En 1990 Badal et Meny descendent à Cannes pour présenter un montage de trois plans restaurés du film et un de trois plans non restaurés qui étaient rouge magenta.Martin Scorsese qui y présidait une conférence sur la restauration trouva la démonstration extraordinaire et des crédits furent alors débloqués par la cinémathèque francaise,le CNC et le ministère de la culture.Badal qui avait vu le film projeté à Lille s'était alors rendu compte du mauvais état des copies et décida de restaurer le film.Comme il n'avait pas d'argent il fit donc tirer les trois séquences d'une minute dont nous avons parlé.Cette mini restauration fut faite grace aux propres fonds de Badal car avant la démonstration de Cannes il n'avait pas réussi à attirer l'attention et à obtenir de l'argent.

La pellicule couleur est développée depuis 1954-55 en 2 minutes 40 secondes alors qu'avant cela prenait 3 heures.Le procédé Eastman moins honéreux,plus rapide,est celui utilisé pour les films commerciaux.La pellicule est développée à 40 degrés,le lavage est moins efficace et l'eau est de plus en plus polluée.Cela endommage le film.Les produits chimiques qui restent dans la pellicule conduisent à l'oxydation et à l'affadissement des couleurs.Les fabricants de films font maintenant très attention au négatif qui coute beaucoup plus cher que le positif  ou l'interpositif.A partir des années 60 le négatiff se garde beaucoup mieux mais les positifs s'oxydent beaucoup plus rapidement,ce qui est de l 'interet du fabricant de pellicules parce qu'ainsi il faut les restaurer plus souvent. 

Les copies d ' "un roi sans divertissement " tirées en 1963 l avaient été d'après le négatif première génération.En 1991 dix copies ont été faites.L'interpositif et l'internégatif étaient totalement abimés et inutilisables à cause de l'oxydation.En 1993 des retirages ont été faits : une dizaine de copies d'après le négatif d 'origine (qui était lélément qui se trouvait dans le meilleur état en 1990),et une copie d'après l'internégatif.Une autre copie va etre a aussi été tirée pour la chaine télé Arte.Pour le transfert vidéo il faut une copie neuve ou un autre inter positif.

La restauration d ' "un roi sans divertissement" a couté 500 000 mille francs.Oui,c'était des francs à l'époque.

Badal a travaillé d'après le négatif original ;il était déchiré,des perforations étaient cassées,il était rayé.Il a fallu d'abord réparer mécaniquement le mécanique original avant d'en tirer une cpoie.Depuis 1963 les systèmes de pellicules positif et négatif ont beaucoup changé.Badal a travaillé image par image.Il a poli chacune d'elles avec du velours lorsqu'elle était rayée et lorsque le film était rayé du coté de l'émulsion  il mettait la pellicule dans une tireuse qui contient un liquide (une sorte d'eau distillée)qui fait disparaitre les rayures lorsque le film est photographié(du négatif au positif).Ce systéme s'appelle :"fenetre liquide".

Chaque copie tirée a coute en moyenne 18 000 francs.L'opération a duré 5 ans.Une copie d'étalonnage en laboratoire vaut 70 000 francs.Une  copie de série coute 20 000 francs.En 1963 Badal avait travaillé avec les laboratoires Eclair,LTC,GTC qui ont tout à tour tous trois refusé de suivre les conseils du chef op et ont refusé de le laisser diriger les opérations.Il s ' en est donc allé chez CTM à Gennevilliers qui n'avait jamais fait de film couleur.CTM  a donc alors accepté cette grande nouveauté.Pour la restauration du film Badal -qui fut son propre étalonneur-a travaillé avec un homme qu'il avait rencontré à cette époque et qui a depuis quitté CTM. 

29.06.2008

la restauration de la couleur dans "un roi sans divertissement" part 4

Giono utilise dans "un roi sans divertissement" la couleur d une manière très originale pour l'époque.Les couleurs dominantes sont le rouge (du sang) et le balnc (de la neige).Le reste est gris.Il s agit en quelque sorte d un film en noir et blanc tourné en couleur.C est dire à quel point la présence,rare,de la couleur peut etre importante.Chaque touche de couleur a une fonction dramatique dans ce film,chaque touche "joue" au meme titre que les comédiens.Ainsi pour Giono:"la couleur rouge sur le blanc c est le tragique de la vie".Le blanc témoigne de l'ennui des hommes et le rouge du divertissement qu'il apporte.Le rouge délivre les esprits prisonniers de cet ennui.Il est l expression de leur fureur.

Dans "un roi sans divertissement" la couleur tient un role dramatique et son absence est signifiante.Comme le dit Francois Leterrier :"ce film n'était pas concevable en noir et blanc".Jacques Meny nous  y renseigne quant à l'importance de la couleur:"cette opposition entre le rouge du sang et le blanc de la neige va diriger le travail de Giono dans son adaptation pour l'écran et devenir l'axe à la fois dramatique et esthétique du film".Giono sur le scénariomultiplie les indications concernant la couleur.'importance de la couleur y est capitale:"mon film est autre chose que le livre.Une seule chose m'interessait:le problème de la couleur.Au cinéma elle est toujours fausse.Cette fois ci tout a été fait sur mes indications.On tournait dans la neige,vierge,profonde de 5 ou 6 mètres.Je me fou que l'arbre soit vert,mais le sang sur la neige doit etre rouge.Tout mon film est batti la dessus:une couleur qui ne soit pas gratuite".

Giono considère que c'est "seulement dans le cas ou elle a un role dramatique à jouer que la couleur au cinéma a sa raison d'etre".Ainsi les couleurs du film témoignent du drame intérieur vécu par les personnages et surtout par Langlois. Le rouge dans ce film est la seule issue que l'homme ait trouvée pour cesser de s'ennuyer:la mort.Le parcours de la couleur dans ce film conduit irrémédiablement au rouge,la dernière image se teinte de rouge,c est le point final:Langlois est mort.La fonction du rouge rompt avec la monotonie du gris,ainsi lorsque le petit groom arrive au village vetu d'une cape rouge,il est de suite entourré des habitants tous de gris vetus.Comme en peinture les couleurs sont porteuses d une vraie dramaturgie.Le rouge est divertissement,le blanc est ennui,le rouge sur le blanc c est la mort.Lorsque Badal montre a Giono ses premiers rushes ce dernier lui dira:"les couleurs sont belles et je ne les veux pas belles.Je les veux dramatiques.J'entends qu'elles jouent leur role".Nous saisissons donc parfaitement qu elle pouvait etre l'importance cruciale de la couleur.Elle y est l'expression visuelle des sentiments.Nous pouvons donc de suite nous rendre compte de ce que le virage au rose des copies eastamancolor pouvait avoir de catastrophique et de barbare.En effet une fois que toute l'image était devenue rosée toute la signification de la mise en scène était réduite à néant et tout le travail de Giono sur la couleur de trouvait aller à l'encontre de sa volonté,trahissait ce qu'il voulait signifier.Il était donc capital,plus que pour tout autre film,de redonner à "un roi sans divertissement" ses couleurs originales puisqu'elles donnent son sens au film.