15.03.2008
je porte malheur aux femmes mais je ne porte pas bonheur aux chiens
Joe Bousquet est un de nos plus grands et plus meconnus auteurs.Son oeuvre foisonnante et inachevee a nulle autre pareille est empreinte d onirisme,de poesie,de romantisme,de sensualite,de sexualite,de verite.Elle est d une richesse infinie et d une lecture toujours nouvelle.Bousquet est flamboyant,tonitruant,a vif,il parle la ou ca fait mal,la ou son corps fait mal,il parle de ses desirs et des reves qui habitent ce corps meurtri.
Enrole soldat pour la premiere guere mondiale il est touche des 1914,a l age de 21 ans,par une balle qui lui foudroie la moelle epiniere.Il en restera paralyse jusqu a la fin de sa vie a l age de 53 ans.Il vivra des lors reclu dans une petite chambre de Carcassonne dont il ne sortira jamais.Il ne verra plus la lumiere du jour.Les volets a jamais clos il y vit comme dans son linceul entoure de feuilles pour ecrire,de lampes qu il n eteind jamais ,de flacons de medicaments et d opium qu il prenait continuellement pour calmer sa douleur.De 21 ans jusque sa mort Bousquet ne connaitra que les 4 murs de cette chambre,coupe a jamais du monde exterieur.Puisque cette douleur existe,puisque cette invalidite existe,et puisqu il faut vivre apres tout et que toute vie,sans exception,merite d etre vecue Bousquet fera de son infirmite de son corps son oeuvre sa raison d etre.Il sublimera cette douleur par l ecriture.Ses liens avec l exterieur seront ses correspondances avec ses amis peintres et ecrivanis pour la plupart surealistes et ce desir fou de l amour de la femme de cette femme a qui il ferait l amour et qui lui permettrait d etre au dela de ce sorps une pure ame.Parce que son corps est inerte il tentera par l ecriture et la sexualite de le transcender et de n etre qu un pur esprit.De l horreur et de la souffrance il en sortira sa raison d etre.
Bruno Geslin s est inspire de nombreux textes de Bousquet pour essayer a travers sa piece de retracer la vie de ce dernier,ses inflexions,ses reflexions,ses souffrances,ses desirs,de le sonder jusqu au plus profond de son etre.Geslin se sert de cette vie inventee,perpetuellement mise en scene pour nous faire connaitre cet auteur qu il aime.Vouloir nous faire connaitre et aimer Bousquet est deja en soi tres louangeable.L autre louange a lui adresser est le choix du comédien Denis Lavant.Il n y avait que lui pour donner vie a Bousquet.Pour auteur d exception acteur d exception.Il etait le seul a pouvoir interpreter cet etre de poesie,de lumiere,de feu,d orages.Denis lavant n est pas seulement un acteur incarne,habite,vivant.Il est , tout simplement.Il ne joue pas,il n interprete pas ,il est Bousquet.Le travail sur les inflexions de sa voix est particulierement remarquable.Il sait s approprier les maux et les mots riches puissants violents pour nous en faire toucher tous leurs sens toute leur profondeur pour nous faire palper au plus pres ce desir de transcender ce coprs jusqu a l ame absolue.
Geslin a fait le parti pris d une mise en scene originale en nous presentant un espace envahit des visions du protagoniste.Il essaye de materialiser l imateriel via des projections de films,des morceaux de musiques,des pas de danses,des choregraphies.Il essaie de donner une apparences aux reves oniriques de Bousquet et c est la ou Geslin montre ses limites.Bien sur les projections visuelles sont belles et touchantes,bien sur le travail sur le corps est important mais a trop vouloir en faire la piece s en trouve desorientee,perturbee et le spectateur decontenance finit par s exterioriser de la piece et decrocher.Tant que les visions ne sont que parcimonieuses elles trouvent leur raisons d etre mais lorsqu elles s accumulent jusqu a se melanger et que leurs supports multiples s accroissent en meme temps(film,musique,danse,effets de lumiere...) nous avons l impression d une veritable cacaphonie visuelle et auditive.Vers la fin de la piece ce bruhaha devient tout bonnement insuportable et c est ce moment que Geslin choisit pourlimber le visage de Denis Lavant d une lumiere verte et lui faire hurler son texte jusqu a ce qu on y comprenne plus rien.C est bien sur pour nous montrer que c est l instant ou tous les sens de Bousquet se trouvent exploses par sa decouverte de l amour et de la sexualite.Tout explose hurle et fourmille.Mais n y avait il pas une maniere plus fine moins theatrale moins demonstrative de nous le souligner.Le texte a lui seul etait assez explicite et il n y avait nul besoin de cette redondance.Heureusement la piece se termine sur ce corps enfin apaise et sur quelques unes des plus belles phrases que Bousquet est ecrites,prononcees avec un voix cavernique par le grand Denis Lavant.Cet acteur aurait suffit a lui seul a porter la piece et il n etait vraiment nul besoin de ces fioritures parasites qui allourdissent perpetuellement la mise en scene et qui soulignent lourdement ce que le texte disait si clairement et justement.
16:31 Publié dans theatre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : joe bousquet, denis lavant, bruno geslin


