30.11.2008

j'irai dormir à Hollywood

La sortie de ce film fut suivie d'une telle rumeur positive que je suis donc allée le voir.Las est de constater que le film ne vaut pas sa rumeur.C'est un film étrange dont je ne sais trop quoi penser.Antoine de Maximy ,que l'on connait grace à ses docs "j'irai dormir...",se livre à une traversée des Etats-Unis d'est en ouest muni de deux caméras légères.El là une chose étrange se passe,de Maximy (qui a amélioré son anglais)fait sa traversée comme prévu mais les gens qu'ils rencontrent bizarrement ont tous l'air ...étranges,sortis d'on ne sait ou!Et c'est très génant.Nous avons l'impression qu'aux Etats-Unis on ne trouve que des marginaux,des psychopates,des alcooliques ou des communautés ...excentriques.

On s'attend à rencontrer des gens qui nous montreraient le visage d'une  Amérique autre , un visage différent et ironique.

Malheureusement on ne rencontre aucun américain disons classique ou moyen.Aucun américain quelconque,lambda,qui travaillerait,aurait une famille,une voiture,une maison.On ne rencontre que des marginaux,qu'ils le soient de par  leur provenance ethnique:amiches,navajos,cajuns...ou de par  leur milieu social:de pauvres ères désargentés sdf,toxicos,alcooliques ou carrémént timbrés.On a l'impression que les Etats-Unis ne sont peuplés que de marginaux alcooliques.Bien sur cela permet de rencontrer des gens que l'on n'a peut l'habitude de voir et ca part d'une idée sympathique et attachante.Le problème c'est que la mise cote à cote de tous ces portraits ne nous fait pas rire et bien au contriare nous fatigue.On sent que de Maximy veut absolument soutirer notre sourire et notre sympathie pour son entreprise  mais on est vite ennuyé de voir que son film n'est qu'un étiquetage des bizzareries américaines comme si elles étaient une evidence et que tous les américains étaient ainsi.Son film n'est qu'un assemblage d'images d'épinal qui malheureusement ne fait meme pas rire ni sourire.Et encore plus ennuyeux on sent que de Maximy n'a montré qu'un choix d'images choisies,très choisies,on sent qu'il y a encore des heures d'images non dévoilées,des personnes ou situations qu'il n a pas montré,des scènes qu'il a préféré laisser cacher...des scènes qui se sont mal passées,tous ces pans de son tournage qu'il a préféré taire et qui aurait été peut etre interessant,par morceau,de montrer.Et la question que l'on se pose c'est pourquoi cacher certaines choses??Peur de donner une image négative??Le problème essentiel de ce film c'est qu'il se veut original et décousu alors qu'il est très travaillé et réféchi,chaque image est méticuleusement choisie et le montage cache tout ce que de Maximy souhaite taire.Et justement ce qui semblerait interessant serait de voir ce qui a été tu.De Maximy nous montre une Amérique marginale et alcoolique , et n'ose pas vraiment aborder la question pomitique ou raciale des choses.Pourquoi nous montrer ce coté là des choses??Pourquoi ne pas avoir été jusqu'au bout de son portrait?Cet inachevé nous laisse un arrière gout assez désagréable dans la bouche.L'emballage musical de Béatrice Ardisson accentue encore plus ce coté inabouti car il nous ramène trop à de multiples émissions télévisées très proches de nous.En fin de compte on a l'impression d'assister à un défilé de clichés d'images faussement decalées,joliment emballés et qui n'ose pas aller jusqu'au bout de son propos sommes toutes faussement original et très consensuel.

25.11.2008

Stella

Stella est le premier film de Sylvie Verheyde que je voyais,il faut dire que c'est une réalisatrice qui se fait plutot rare.Très peu de films.

Stella est un film remarquable à plusieurs points de vue.C'est une bouffée d'oxygène dans l'air vicié du cinéma francais et du cinéma tout court.

Stella est d'une beauté et d'une justesse incroyable.Je connais bien cette époque qui y est décrite car a quelques années près c'est également celle de mon enfance et tout y exact à un point incroyable,j ai meme reconnu les taies d'oreillers et les draps à grosses fleurs vertes et bleues que nous avions dans la caravane (et oui c'était l'époque ou nous partions  en vacances en caravane ou en colo).Et le moindre détail est d'une telle vérité que je me dis que Sylvie Verheyde a du passer des années et des années à se documenter,à tout recréer,retrouver,reconstruire.Chaque image est bleuffante ,on se dit "mais c'était ca" et on se rappelle de tout, de l'édition poche "des enfants terribles" de Cocteau (l'auteur culte des années collèges) car on a exactement la meme et elle est encore là quelque part dans notre bibliothèque,les bouquins qu'on lisait en se foutant de tout le reste,les tuniques en tricot et les robes à smoks,les chansons de Daniel Guichard et de Bernard Lavilliers,les sabots,oui les sabots j'avais oubliés,avec lesquels on arrivait pas à marcher (les miens étaient jaunes avec une grosse pomme rouge sur le dessus),les boums ou les parents venaient toujours nous chercher au mauvais moment,les garcons dont on tombait raides et les coeurs que l'on dessinait dans nos classeurs dans l'attente de dessiner des années plus tard le mur de "the wall" des pink floyds sur nos cahiers....Tout ceci avait été bel et bien oublié et là on est émerveillé de voir tout re apparaitre,non pas par nostalgie:je ne suis en rien nostalgique de mon enfance mais émerveillé de voir à quel point la réalisatrice est pleine de recherches,de richesses,de fidélité,de vérités,de travail...de voir à quel point elle a tenu à respecter son sujet,son époque et son spectateur.Ce qui nous émerveille d'emblée,peut etre d'avantage ceux qui ont connu ces années là , est la vérité de l'époque et la justesse du moindre détail,la beauté du travail sublimement accompli.

Mais là n'est pas la moindre de ses qualités."Stella" n'est pas que beau et juste dans son étude de l'époque mais également dans ses études de caractères.Chaque personnage est brossé et dépeind avec une telle finesse que l'on se croirait dans un tableau de maitres.Aucun des personnages n'est mis au second plan ou est moins travaillé qu'un autre,tous sont fouillés,travaillés et remarquablement bien vus.La scène des vacances dans le nord avec les petits gars qui jouent au foot est tout bonnement sublime.On est émerveillé de voir à quel point Sylvie Verheyde a su retranscrire l'étape difficile et bien souvent totalement ratée au cinéma qui fait que l'on passe de l'enfance à l'adolescence.On est émerveillé de voir à quel point la réalisatrice sait saisir et retranscrire l'ame humaine tout en finesse et délicatesse et ce dans ses affres les plus profonds.L'enfance qui se délite face à la réalité du monde qui change à l'age adulte,cet age adulte triste  qui s'étiole dans l'alcool à travers le couple des parents cafetiers.

La force remarquable de ce film simple, juste, et beau est de donner l'impression que tout est évident,naturel,comme filmé sur le vif avec des comédiens amateurs,comme si on assistait à une scène de vie volée.Là est le vrai talent de toute oeuvre d'art:faire paraitre simple ce qui est ardu,ne pas montrer les ficelles du travail,donner l'impression de la simplicité comme s'il avait juste suffit de poser là la caméra.C'est à ce rare don que l'on reconnait un vrai cinéaste,un cinéaste de  talent.Pas une seconde on ne sent la caméra mais sans cesse on sens la justesse précise de la chose dite ou à voir.Rien dans ce film n 'est laissé au hasard et cette alchimie du tout donne une oeuvre rare et magnifique.Sylvie Verheyde sait dire sans montrer:à chaque fois que l'on voit le locataire de l'hotel mi artiste mi clodo on sent que c'est par lui que le drame va arriver,la réalisatrice ne dit rien mais par touche en pointillé elle laisse apparaitre... car un autre de ses talents est d'avoir su s'entourer d'acteurs exceptionnels et d'avoir su les diriger admirablement.

Effectivement,là encore est la preuve de la rareté de son talent:dans l'art de ne pas y toucher comme s'il avait suffit de poser sa caméra et d'avoir juste attendu ,comme si tous  avaient été  naturellement géniaux dès la première prise.Du travail on ne voit  que le résultat qui donne l'impression d'une totale évidence et simplicité.Les comédiens sont tous merveilleux avec une mention particulière pour Karole Rocher,l'actrice fétiche de Sylvie Verheyde ,qui est une cafetière plus vraie que nature avec la tronche,le phrasé,le comportement d'une véracité incroyable.La petite Stella qui semble tout droit sortie d'un film de Doillon ou de "y aura-t-il de la neige à noel" de Sandrine Veysset.Benjamin Bioley (qui est un artiste que j'adore en tous points) y joue un homme simple,triste,blessé...avec une telle douceur et sincérité qu'on oublie totalement que c'est Bioley qui est là sur l'écran,un truc incroyable.

Et puis il y a Guillaume Depardieu.Guillaune dont c'était l'avant dernier film.Et c'est un vrai bouleversement que de le voir.De voir Stella parlant du tableau à l'école et comparant son personnage à Guillaume ,en parlant de lui comme d un personnage bléssé qui a besoin d'une canne et d'un chien pour avancer.Et surtout de le voir dire à Stella "adieu,c'est la dernière fois que tu me vois".Un film prémonitoire.Adieu Guillaume tu étais un grand bonhomme et un mec bien.

Ce film nous épate,remue,bouleverse,émerveille sans cesse.En éfleurant et dévoilant la beauté et la tristesse de la vie avec une justesse et une véracité incroyables.Un film d'un talent inoui qui ne laisse rien paraitre du travail pour ne dévoiler que l'Humanité en ce qu elle a de plus profond et de plus dur.Un film merveilleux et qu ' on est heureux d'avoir vu car heureux de voir qu'il se passe encore des choses magiques dans le cinéma francais.

Avec "Khamsa",le chef d'oeuvre de Karim Dridi que j'ai vu trois fois  (et le chef d'oeuvre de l 'année 2008)-dont je vous parlerai prochainement mais il faut me laisser le temps de me remettre-il est heureux de voir que le cinéma francais a encore de vrais talents,de vraies ambitions,de vraies réussites.Un immense talent pour un vrai et trop rare bonheur,cinématographique.

 

24.11.2008

Stéphane Guillon au casino de Paris

Me voilà partie ,le 20 novembre dernier ,voir Stéphane Guillon au Casino de Paris.Les caméras de Paris Première sont des notres ce soir là pour la retransmission en direct sur la dite chaine.Stéphane Guillon en fait je connaissais mal,j avais vu certains de ses portraits livrés sur canal plus (mais jamais celui avec Vincent Delerm!!!gggrrr)et j'avais vu son tout dernier dvd:"portraits au vitriol"qui m'avait laissée dubitative et qui ne m'avaient pas franchement emballée,que je n'avais limite pas trop aimé.Mais comme le personnage m'est sympathique j'ai eu l'envie de le voir lors de sa dernière représentation.Et bien m'en a pris.

Son spectacle n'a absolument rien à voir avec ses "portraits" qui ne semblent etre qu'une esquisse.Il faut dire que cela fasait 4 ans qu'il tournait avec son spectacle et que pour la dernière il était obligatoirement super bien ficelé.Le spectacle de Guillon n'est pas seulement drolissime et esclaffant,fin,pertinent,judicieux il est au delà de toutes ces qualités: il est intelligent ce qui est vraiment une qualité devenue des plus rares.Intelligent car irrévérencieux mais pas irrévérencieux pour le plaisir de l'etre pour le plaisir de la provoc,non Guillon est fin et vif et s'il est irrévérencieux c'est parce qu'il parle juste et vrai,loin de la sage parole de la pensée unique et du bien pensant.Avez-vous remarqué comme le moindre mot juste est devenu choquant ,comme tout doit etre policé,arrondit aux angles,justifié;comme on ne peut plus rire de rien.Dans notre époque asseptisée ou il ne faut plus boire plus baiser plus fumer plus manger gras ni sucré ou il faut faire du sport et manger 5 fruits et légumes par jour...pour nous faire vivre très vieux et en bonne santé dans le but de nous faire travailler jusqu'à 85 ans...dans cette époque ou il faut peser le moindre mot dans le risque de choquer un sketch comme celui du "crs raciste" de Coluche ne pourrait plus exister.Maintenant on ne peut plus rien dire sans risquer de passer pour un raciste,un réac,un homophobe,un mysogine...bref on ne peut plus rire de rien et le pire c'est que meme si les gens rigolent intérieurement ils prennent une tete d'outragés car cela ne se fait pas de rire de ca:on ne peut pas rire de tout.Et bien merde : si, et c'est en ca que le spectacle de Guillon est jouissif et libérateur : car il est un des ultimes espaces de liberté,un endroit sain ou l 'on n a pa peur d'etre soi,de rire à gorge déployée de tout et de soi (le passage sur la femme dans le couple est irrésistible),un endroit ou on ne porte pas le masque hypocrite de la pudeur et de la compassion.Un endroit ou l'on n'a pas honte de rire et d'etre juste bien,bien dans son rire, bien dans sa vie ,bien dans sa tete,bien dans son plaisir.Longue vie à la jolie petite entreprise que Stéphane Guillon mène en douceur et délicatesse avec Muriel Cousin.

raté rattrapé raté

Me voilà embarquée, il y a peu ,sur la pelouse de Reuilly pour voir la compagnie de cirque pré-o-c-coupé dans son dernier spectacle:"raté rattrapé raté".C'était une invitation alors ca ne se refusait pas et puis le cirque contemporain je ne connais pas.Je n aime pas le cirque classique et ne supporte pas de voir des animaux comme betes de foire serviles et enfermés.Je me suis dit que le cirque contemporain pouvait innover et apporter de la magie et de la féerie en meme temps qu'une réflexion sur le monde.La pelouse de Reuilly est accueillante et donne d'emblée très envie;plusieurs chapiteaux sont intallés,tous de couleurs différentes et ornés de lampions,ca donne un air de fete dans laquelle nous souhaitons gaiment nous installer et participer.Las,"raté rattrapé raté" s'avère comme son titre l indique raté et ...raté.Tout est navrant et catastrophique,je n 'espere alors qu 'une chose:que cette mascarade se termine au plus tot.Tout y est insupportable et raté à un point indescriptible et le pire c'est que tout le monde rigolait et je n'ai toujours pas  compris pourquoi.Peut etre était-ce des amis ou de la famille!

Tout d'abord c'est sans un gramme de poésie ,rien , pas un iota,sans fantaisie aucune,sans inventivité,sans intelligence.Les trois "clowns" s'escriment en vain à créer un numéro qui se veut signifiant mais qui est vide de tout aussi bien intellectuellement qui techniquement,le numéro est navrant ,pas au point,ne marche pas,ne s'encastre pas alors les clowns doivent un peu pousser pour que les cartons tombent ...ce qu'ils auraient du faire naturellement.L'un des trois passe la plupart du spectacle le pantallon sur les chevilles dans un informe slip kangourou tellement flasque et sans tenue qu une de ses couilles s'échappe  et du coup il joue  involontairement ainsi:(c 'est grottesque et genant)une couille à l'air.Très classe! à l'unisson de tout le reste car rien ne fonctionne ,tout leur échappe et il n'y a pourtant déjà pas grand chose:des gars qui se balancent des cartons ,en les loupant et en faisant quelques mimiques et c'est tout.Il n' y a rien et ce rien n 'est absolument pas au point,ennuyeux au possible et vraiment pas drole.On est géné devant tant de nullité et on espere qu'une chose:que ca se termine pour abréger ce terrible supplice.J'ai rarement vu un spectacle aussi médiocre et pitoyable.Navrant.

22.11.2008

"le dossier 51" ou de l'utilisation de la photographie au cinéma,fin.

"Le dossier 51" est de ces films dont la fin nous permet de mieux saisir l'ampleur du propos et de vivre plus intensément l'histoire.Lorsqu'on sait Auphal mort ,au contraire des agents qui le font disparaitre de leur ordinateur,tout le film nous revient en mémoire et le parcours d'Auphal nous apparait triste et solitaire.Lorsque nous nous remémorons brièvement sa vie ce sont les photos du film qui nous reviennent à l'esprit ,comme elles ont déja servi aux agents à résumer Auphal elles rejaillissent pour nous faire voir 51 sous un jour nouveau.

La photographie dans ce film ne se contente pas de jouer un role original et essentiel (aussi bien narrativement que psychologiquement),elle est de double nature.Il y a en effet les photos prises par les agents qui nous présentent Auphal et sa femme,les commentaires en voix off nous renseignent autant que les photos le font,c'est à dire qu'on apprend pas grand chose,de toutes facons ce n'est pas le présent qui nous interesse mais le passé.Les photos qui nous renseignent donc quant au passé sont d'une autre nature ,elles sont la propriété de la famille d'Auphal ,prises par cette dernière.Ces photographies là s'avèreront capitales pour la suite de l'enquete.En effet chacune d'elles vue porte la preuve de la faille d'Auphal et c'est pourquoi lors de sa mort ce sont ces photos là qui nous reviennent en mémoire pour résumer sa vie:

-les photos d'Auphal enfant nous rappelle qu'il est un enfant adultérin.

-la photo de la femme aux yeux crevés qui avaient de petits seins et qui aimait la sodomie nous renvoie à l'homosexualité refoulée refoulée de 51.

-la photo du couple d'amis nous rappelle certes qu'Auphal fut l'amant de la femme mais qu'il gardait cette photo en souvenir de l'homme.

-la photo du camp nazi dans la chambre de la mère est certes le moyen par lequel un agent arrive à infiltrer l'intimité de la mère de Dominique Auphal mais cette photo nous ramène aussi au véritable père de 51 ,à la haine de la mère pour le père adoptif,pour les hommes en général et à son amour possessif pour son fils.

-on peut penser aussi avec ironie et douleur aux photos d'agents masculins nus selectionnés dans le but de séduire madame Auphal....En fait la vie d'Auphal se résumait en ces quelques photos et ce sont ces quelques photos qui causeront sa perte.

Enfin ce billet ne saurait etre complet si je ne parlai de l'opposition image/son qui réside dans l'affrontement Auphal/minerve.Si nous ne voyons Auphal pratiquement qu'en photos et n'entendons jamais sa voix il en va tout au contraire de Minerve.Des commanditaires de l'enquete on entend les voix mais on ne les voit jamais.A une exception près et encore...Auphal est connu via des images fixes et les propos tenus par Minerve tandis que ce dernier n'est défini que par les propos qu'il tient sur Auphal.

La photographie occupe dans ce film une place originale et primordiale.Au delà d'un plus cinématographique elle est la clef de voute de la narration.Elle est ce qui permet de garder son identité propre et personnellle alors que la parole n 'est qu'abus ,interprétation erronée ou une arme redoutable car elle est celle qui met  à jour,qui dévoile et qui apparaitre l'ame humaine dans toute sa nudité.La photo au contraire est le monde de l'ombre et des secrets.Mais l'image alliée au son lorsqu'ils tiennent le meme discours est implaccable.Une phrase prononcée par Madame Auphal mère correspond parfaitement à l'idée que je me fais de l'utilisation de la photo dans ce film(elle dit cette phrase à l'agent qui l 'interroge sur les camps de la mort):"Vous etes l'Histoire qui pose un regard un peu froid sur ce qui reste pour nous brulant , déchirant (...),regard de scientifique ,on les classe par catégories,le pire serait l'oubli".

D'un coté il y a les agents pour qui les photos sont une arme de destruction ,sont un matériel froid;d'un autre il y a le spectateur pour qui ces memes photos sont sources de témoignages,de vie.Entre la machine d'un coté(à laquelle les agents sont clairement comparés),et l'humain de l'autre ,entre le témoignage de la photographie et ce qu'elle peut dévoiler de plus fragile ,de plus criant:entre ces deux extrémités il y a la faille,il y a la vie,il y a le cinéma,il y a tout ce qui est fragile;comme si le cinéma n'était qu'une longue étude viscérale et humaine d'un détail,d'une image...fixe.

"le journal d'un curé de campagne" de Robert Bresson, part 1

"Le journal d'un curé de campagne" réalisé en 1951 est un des premiers exemples de fidélité authentique d'un film à un roman.Le film respecte les proportions du roman  mais il substitue à la richesse et au foisonement du récit de Bernanos une structure marquée par la rigueur,la cohérence logique et l'esprit de lilote,ce qui fera dire à André Bazin :"Des deux c'est le film qui est littéraire et le roman grouillant d'images".

Bresson élimine tout élément extérieur à l'aventure spirituelle du pretre comme les problèmes sociaux,politiques ou moraux qui étaient présents dans le livre.Les dialogues sont fidèlement empruntés à Bernanos.Avec "journal d'un curé de campagne",Bresson prend le contre pied de ce qu'avaient été jusqu ' à présent les rapports cinéma-littérature qui voulaient qu'on s'en tienne à l'esprit.Bresson s'en tiendra à la lettre.Ce film ne veut pas se substituer au roman,il ne veut pas etre sa traduction esthétique dans un autre langage.Bazin écrira à ce sujet:"il ne s'agit plus ici de faire un film qui double l'oeuvre mais de construire sur le roman,par le cinéma,une oeuvre à l'état second".Bresson soulignera meme le caractère littéraire du récit puisqu'il se refusera à transformer en dialogues les passages du livre ou le curé rapporte à travers ses souvenirs les conversations qu'il a eues.Les parties non dialoguées du livre ne le seront pas dans le film et et les dialogues de Bernanos ne seront pas mis en valeur mais au contraire étouffés par le débit recto-tono des interprètes non professionnels.

Le premier plan du fillm est un gros plan du journal et du visage du pretre.Le dernier plan est le gros plan d'une croix .Entre les deux ce sera déroulé le long calvaire physique et moral du curé d'Ambricourt ,calvaire qui ressemble à un itinéraire christique et qui s'achèvera par la mort du curé seule issue possible pour le rachat des ames de sa paroisse.La mort est par ailleurs accueillie avec joie puisqu ' avant de succomber,le pretre murmurera : " tout est grace".

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