29.06.2008
la restauration de la couleur dans "un roi sans divertissement" part 4
Giono utilise dans "un roi sans divertissement" la couleur d une manière très originale pour l'époque.Les couleurs dominantes sont le rouge (du sang) et le balnc (de la neige).Le reste est gris.Il s agit en quelque sorte d un film en noir et blanc tourné en couleur.C est dire à quel point la présence,rare,de la couleur peut etre importante.Chaque touche de couleur a une fonction dramatique dans ce film,chaque touche "joue" au meme titre que les comédiens.Ainsi pour Giono:"la couleur rouge sur le blanc c est le tragique de la vie".Le blanc témoigne de l'ennui des hommes et le rouge du divertissement qu'il apporte.Le rouge délivre les esprits prisonniers de cet ennui.Il est l expression de leur fureur.
Dans "un roi sans divertissement" la couleur tient un role dramatique et son absence est signifiante.Comme le dit Francois Leterrier :"ce film n'était pas concevable en noir et blanc".Jacques Meny nous y renseigne quant à l'importance de la couleur:"cette opposition entre le rouge du sang et le blanc de la neige va diriger le travail de Giono dans son adaptation pour l'écran et devenir l'axe à la fois dramatique et esthétique du film".Giono sur le scénariomultiplie les indications concernant la couleur.'importance de la couleur y est capitale:"mon film est autre chose que le livre.Une seule chose m'interessait:le problème de la couleur.Au cinéma elle est toujours fausse.Cette fois ci tout a été fait sur mes indications.On tournait dans la neige,vierge,profonde de 5 ou 6 mètres.Je me fou que l'arbre soit vert,mais le sang sur la neige doit etre rouge.Tout mon film est batti la dessus:une couleur qui ne soit pas gratuite".
Giono considère que c'est "seulement dans le cas ou elle a un role dramatique à jouer que la couleur au cinéma a sa raison d'etre".Ainsi les couleurs du film témoignent du drame intérieur vécu par les personnages et surtout par Langlois. Le rouge dans ce film est la seule issue que l'homme ait trouvée pour cesser de s'ennuyer:la mort.Le parcours de la couleur dans ce film conduit irrémédiablement au rouge,la dernière image se teinte de rouge,c est le point final:Langlois est mort.La fonction du rouge rompt avec la monotonie du gris,ainsi lorsque le petit groom arrive au village vetu d'une cape rouge,il est de suite entourré des habitants tous de gris vetus.Comme en peinture les couleurs sont porteuses d une vraie dramaturgie.Le rouge est divertissement,le blanc est ennui,le rouge sur le blanc c est la mort.Lorsque Badal montre a Giono ses premiers rushes ce dernier lui dira:"les couleurs sont belles et je ne les veux pas belles.Je les veux dramatiques.J'entends qu'elles jouent leur role".Nous saisissons donc parfaitement qu elle pouvait etre l'importance cruciale de la couleur.Elle y est l'expression visuelle des sentiments.Nous pouvons donc de suite nous rendre compte de ce que le virage au rose des copies eastamancolor pouvait avoir de catastrophique et de barbare.En effet une fois que toute l'image était devenue rosée toute la signification de la mise en scène était réduite à néant et tout le travail de Giono sur la couleur de trouvait aller à l'encontre de sa volonté,trahissait ce qu'il voulait signifier.Il était donc capital,plus que pour tout autre film,de redonner à "un roi sans divertissement" ses couleurs originales puisqu'elles donnent son sens au film.
23:17 Publié dans cinema | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francois letterrier, jean giono, jacques badal, restauration de film
25.06.2008
the big lebowski ou le genie du cinéma
"The big Lebowski" est un film réalisé en 1998 par Joel coen.Il nous narre les aventures de jeff lebowski interprété par un jeff Bridges vraiment magistral et plus vrai que nature.C est un chomeur,glandeur,crado,fumeur de joints et buveur invétéré,(buveur de white russian s il vous plait;notons a cet instant et à cet effet que le doublage francais est une pure catastrophe de A à Z et que c est un film à voir absolument en V.O;imaginez jeff Bridges commandant un "white russian" et le meme commandant un "russe blanc" vous aurez tout compris).Il se fait appeler "the dude" ce qui signifie en argot "le type","le gars",bref l anonyme total, l anti héros,le gars de mesdeux.Son unique activité est le bowling qu il pratique tous les jours avec ses deux acolytes,aussi largués que lui, interprétés par les grandioses john goodman et steve buscemi.The dude ,qui ne demandait rien à personne, est confondu par deux truands avec un homonyme milliardaire dont la tres jeune femme Bunny a ete kidnapée.Le milliardaire va profiter de l opportunité de cette homonymie pour demander au Dude de gérer cette affaire à savoir récolter la rancon ,la déposer er récupérer Bunny.Seulement ca ne va pas du tout se passer comme prévu.En effet suivant les bons conseils de john goodman;jeff bridges va décider de garder la rancon car son compère est persuadé qu il s agit d un enlevement bidon orchestré par Bunny elle meme.C est le point de départ d un imbroglio qui va plonger le dude dans une série de situations et de rebondissements incroyables,hillarants,rocambolesques,irrésistibles et jubilatoires.C est un film qui ne cesse d etre drole,cocasse et pertinent du début à la fin.Et qui ne cesse de nous transporter dans un ailleurs fantasmagorique et planant.Ce film nous fait planer du debut a la fin ...et pour cause!C est un délire visuel et sonore fou.Une recherche permanente sur les moyens d eprouver de ressntir de montrer de comprendre et surtout de voir.
Le mode opératoire de ce film s alligne sur le burlesque(buster keaton chapeau bas),la satire,la dérision (voire de la déraison)ce qui nous vaut la peinture de sujets hauts en couleur irresistibles et inoubliables.On y rencontre john turturo incarnant un horrible joueur de bowling se nommant jesus habillé en une tenue mauve et moulante parlant a sa boule et la lechant.Aussi present autour de nos compères le pitoyable proprietaire de jeff Bridges grand amateur de danse classique qu il pratique pour le plus grand desespoir du Dude et pour notre plus grande jubilation.Sa présence me vaut en effet une de mes scenes préférées ou il interprete un ballet classique devant nos trois larons completement médusés.On rencontre aussi un scénariste qui vit sous assistance respiratoire et de surcroit flanqué d un fils completement débile.Le film regorge de personnages de seconde zone truculents et hilarants.Mais au dela de cette représentation o combien fine du burlesque ce film est avant tout une réflexion sur le cinema;une déclaration d amour et un hommage au cinema de l age d or hollywoodien,au cinema de la grande epoque.Les fréres Coen y ont dans ce film des réferents permanents que ce soit du coté de la comedie musicale ou de celui du western.Ils sont des habitués du genre.Leur filmographie est un hommage permament aux plus belles pages d hollywood : le film noir avec "blood simple","miller'crossing" ou "the barber" , la comédie sentimentale avec "intolerable cruelty",ce film drole et irresistible nous rappelle sans cesse les plus joutes verbales de tracy-hepburn dans les films de cukor."Barton fink" est un superbe hommage aux scenaristes quant a George Clooney dans "o'brother" il est le clone irresistible du clark gable de la grande époque.
les frères Coen optent pour la peinture de doux dingues,de marginaux,de loosers.De ceux qui ont ete oublies,laissés pour compte.Loin des roles de solides gaillards succesfull que nous donnent trop souvent a voir le cinema americain nous avons affaire ici a une bande de joyeux glandeurs,d anti héros, qui revendiquent leur marginalité et leur inadéquation a la societe qu on leur propose.En cela ils sont tres proches des personnages contestataires des années 60 et 70 et nous renvoient aux films notamment de John Huston et particulierement au magnifique "fat city" avec le grand et trop méconnu stacy keach.
Ce film au delà de sa finesse,de sa drolerie,de son intelligence,de son génie me touche particulierement parce qu il est un fier et magnifique hommage au cinéma noir américain.On ne peut s empecher de penser une fois de plus aux films de Huston notamment au "faucon maltais".En effet les freres coen reprennent ce que Huston avait déja alors éprouvé:le principe de la non histoire ou de l intrigue comme supercherie.(André Gide s essaya aussi à ce principe dans "les faux monnayeurs" et nous livra a mon sens son plus grand livre et un des plus grands livres de la littérature francaise).Dans ces deux films l histoire s avere rapidement n etre qu un pretexte,un leurre (comme la malette de la racon) et une duperie.Tout n est que faux semblants et illusions (la encore on retouve les themes prédominants à la filmographie de Huston).Bridges tel Bogart court apres une chimère mais qu importe apres tout la réalité :ne sommes nous pas au cinéma dans le lieu de l artifice et du faux semblant par excellence?Ce film au dela de la pseudo dramaturgie nous parle avant tout et surtout de cinéma,les freres coen nous y livrent leur définition du cinéma.
Les comédiens, comme d habitude chez ces brothers là, sont dirigés merveilleusement bien.Jeff Bridges merveilleux acteur,bien trop peu utilisé (dieu que ce mot est laid!) dans les productions américaines et John Goodman y sont epoustoufflants et à pleurer de rire.Mon coup de coeur va à ce bonhomme que j adore :Steve Buscemi fidèle ami et acteur des freres coen qui nous offre une de ses plus belles compositions.Dans un role quasiment muet,pierrot lunaire a la buster keaton il nous montre ses qualités incroyables d ecoute,de comprehension,de receptivité , d expressivité et...de jeu tout simplement.Sans mot dire il arrive plus a nous parler que la plupart des acteurs que le cinéma nous impose trop souvent.
Ce film est pour moi une oeuvre majeure et incontournable dans l histoire du cinéma americain. Une oeuvre qui récapitule tout ce qui a ete fait jusqu à present pour dépasser tout ce qui existe,tout ce qu il est possible de faire,pour nous faire aller au delà.Ce film jette un pavé dans la mare du conformisme cinématographique et joue avec les codes et l histoire meme du cinéma americain.Après ce film il est impossible de continuer à tourner comme avant,on est obligé d explorer d autres voies,d autres principes,d autres ailleurs,d autres perspectives,d autres leurres,d autres artifices.Les freres Coen ont signé dans cette oeuvre incontournable et véridiquement culte une nouvelle lecture du cinéma insolente et géniale.
23:02 Publié dans dvd | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ethan et joel coen, jeff bridges, steve buscemi, john goodman, john huston
les westerns de john ford (1939-1949),part 1
L'homme a toujours aimé voir son image projétée de facon idealisée dans des récits merveilleux.L'Amérique,pays récent dans sa découverte et sa construction,a toujours cherché à se forger une identité pour palier à ce manque de racines,de références.Ce peuple qui n avait pas d'Histoire,pas d histoires anciennes à raconter,ressentait le vif besoin de se créer une legende.Il chercha donc à magnifier son histoire mais également à en exporter son idéologie.Le cinéma mieux que tout autre moyen pouvait l aider à reussir dans cette entreprise.Le western fut le genre qui cristallisa ce désir,il est "la rencontre d une mythologie avec un moyen d expression" ou encore "le cinéma américain par excellence"(andré bazin).Genre universallement apprécié et compris l idéologie américaine eut vite fait de s imposer comme dominante et au delà de son sujet (l'Histoire des Etats Unis d' Amérique) le western su marier efficacité et qualité;culture et lisibilité.
Un de ses plus grands representants,avec Anthony Mann, en est John Ford.Mieux que quiconque il sut répondre au désir des américains en flattant la grandeur de leur civilisation.Probablement parce qu issu d une famille irlandaise il sera le réalisateur des pionniers des racines de la culture des émigrants des gens simples des gens de peu des laisser pour compte des indiens de la fidelite de la loyaute de la justice.Grace a lui Histoire et western ne feront plus qu un.
Ford commenca sa carriere en tant qu acteur dans les films de son frere (et c est dans un de ces films qu il se crevera un oeil).Il passe à la mise en scene en 1917 et realise quelques westerns jusqu en 1926.Ses personnages étaient alors simples,leurs manières rudes mais ils possédaient déjà cette noblesse d ame que l etiquette sociale ne peut révéler et préfiguraient en cela les personnages de "stagecoach".En 1930 avec l arrivee du parlant le western continue sa mission (évangélique ! ) de "tranquilisant".Jusqu au lendemain de la seconde guerre mondiale le cinéma se devait d exalter l'Amérique c est ainsi que le western commenca une période tres dense et prolifique.Ford revient au western en 1939,entre temps il avait acquis une réputation de "maitre".Ce sont les westerns qu il a réalisé à partir de cette date et ce jusqu en 1949 qui feront l objet de cette présente étude:
stagecoach en 1939
my darling clementine en 1946
Fort apache en 1948
three godfathers,la version de 1948
et enfin she wore a yellow ribbon en 1949
21:52 Publié dans cinema | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : john ford, "stagecoach", "my darling clementine", "fort apache", "three godfathers", "she wore a yellow ribbon"
24.06.2008
Robert Bresson
Robert Bresson (1907-1999) accède au long métrage pendant la seconge guerre mondiale en 1943 donc au crepuscule du realisme poétique et 15 ans avant la nouvelle vague.Il n est donc porté par aucun mouvement esthétique et forgera tout seul son propre cinéma,son propre système,qu il baptisera "cinématographe".
Ses deux premiers longs métrages (l"les dames du bois de boulogne","les nages du peché",a mon sens ses deux moins bons)ne constituent encore que des approches du système Bresson car ils conservent du cinéma de l époque un certain gout pour le psychologisme,une esthétique parfois appuyée,un véritable découpage dramatique en plusieurs parties et l interpretation est encore assuréé par des comédiens professionnels. Le cinématographe ne commence véritablement qu a partir du magnifique "journal d un curé de campagne" (un de ses chefs d oeuvres),bien que pour ce film Bresson fasse encore appel a deux , trois acteurs professionnels mais ce qui est sur c est que des lors les recits de ses films ne repondront plus à une série d enchainements psychologiques et on ne saurait y decouvrir aucun mecanisme classique de narration.Les articulations d ensemble propres à proposer une lecture satisfaisante avec ses repères et ses relais explicatifs seront supprimés.La caractéristique principale du cinématographe est l'économie de moyens pour atteindre ce qu on pourra appeler le vérisme.Bresson ne tourne pas pour montrer des etres arretés a leur aspect exterieur mais pour découvrir la matière dont ils sont faits.Pour ce faire il utilisera très souvent le gros plan ,non pas pour qu il vienne préciser le plan général,mais au contraire pour qu il remplace les images d ensemble.En outre le gros plan a l avantage d aller droit a l essentiel et de laisser d emblée tout aspect psychologique hors cadre.Bresson pratique une constante épure de l'image.Chaque plan est vidé de tout ce qui est succeptible de gener la saisie des rapports ténus (forts déliés).Tous les fondements du cinématographe sont fondés sur l épure afin d atteindre l essentiel.
La musique et l image par exemple ne doivent pas faire double emploi:"lorsqu un son peut remplacer une image,supprimer l image ou la neutraliser.L oreille va davantage vers le dedans,l oeil vers le dehors".(extrait de "notes sur le cinématographe de Robert Bresson).La prédominance du son sur le visuel sera une des caractéristiques du cinéma de Bresson.Si un son peut indiquer une action il ne montrera pas cette action a l'écran. Quant aux dialogues et à la musique Bresson n aura recours à eux qu en ultime recours,en desespoir de cause en quelque sorte:"sois sur d avoir épuisé tout ce qui se communique par l immobilité et le silence.Que de paroles on peut exprimer avec la main,avec la tete...Combien de paroles inutiles et encombrantes alors disparaissent!quelle economie!".
20:26 Publié dans cinema | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : notes sur la cinematographe, modeles
la restauration de la couleur dans "un roi sans divertissement" part 3
generalites concernant les archives cinematographiques.
Jusque dans les annees 70 peu d archives pouvaient engager des restaurations de films couleur,la priorité absolue concernant alors les films nitrate ce qui demandait d enormes investissements financiers.En outre les archives ne consideraient la sauvegarde des films couleurs qu en terme de noir et blanc.Ainsi enormement de film couleurs de la periode 1895-1955 ont ete restaurés en noir et blanc!!!
En France les industriels et les ayants droits ne se sont jamais soucies de la sauvegarde des films couleurs. Pour conserver leurs films les ayants droits les ont confiés aux laboratoires qui ne sont pas des lieux de stockage actif.
Le regain d interet pour la conservation des films couleurs date de 1989 lorsque de nouveaux proprietaires de films,exterieurs au cinéma,desirèrent exploiter leur catalogue.
Le role de Martin Scorsese n est pas negligeable non plus.Son intervention a Cannes en 1990 et l interet qu il porte a la restauration des films couleurs (aux copies)reveillèrent un peu la conscience des fabricants de films.
Les differentes etapes qui concernent l archivage et la restauration sont:
-stockage et conservation des éléments originaux
-recherche historique
-restauration
-stockage des elements restaurés
-diffusion du film.
Les differentes etapes de la chaine de fabrication sont:
-négatif original
-fabrication du master
-copies de diffusion.
Les copies sont des films qui ne sont pas concus pour etre archivés ce qui explique qu elles ont une durée de conservation tres courte.
19:49 Publié dans cinema | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : restauration de film, archive cinematographique, un roi sans divertissement, jean giono, francois leterrier, jean badal, martin scorsese
19.06.2008
"le dossier 51" ou de l utilisation de la photographie au cinema,part 2
L histoire qui se joue sous nos yeux est celle d une filature et d une enquetes organisées par des services secrets sur un homme politique nommé Dominique Auphal.Les services secrets veulent Auphal a leur merci pour pouvoir infiltrer une organisation mondiale:l 'ODENS.
L histoire nous est contée par le biais d elements utilisés naturellement lors d enquetes de ce type:films,photos,ecoutes telephoniques.Elle nous est donc contée de maniere extremement neutre ,sans qu aucun jugement ne soit porté.Il ne s agit meme pas d une constatation cela ressemble beaucoup plus a une analyse méticuleuse voire clinique ou tout doit etre exposé,eclairci,rien ne saurait etre laissé au hasard,tout doit etre implacable et impecable ,lisse,comme le sont les bureaux des agents.Il ne s agit meme pas d une aventure humaine puisque l humain n existe plus en tant que tel:l individu devient un numéro (51,52...),un numéro de dossier,d opération,quant aux groupes d individus ils sont définis sous une appelation générique divine (minerve,esculape,mars...).
Dans ce contexte le premier apport de la photographie est de donner un ton glacé,neutre au témoignage qu elle apporte.Elle nous fait éprouver la distanciation que les agents mettent entre eux et le sujet observé.La photographie exerce comme une fascination morbide auprès du spectateur sur ce travail de traque auquel nous assistons. Nous découvrons les photos en meme temps que les agents ,elles sont au fur et a mesure interpétées par eux ce qui nous empeche tout libre arbitreet toute compassion pour Aupha,le numéro 51.Par l apparition fréquente des photos d Auphal il nous devient vite aussi un sujet que nous observons d une maniere froide.La photo nous permet donc de mettre une barriere entre Auphal et nous,barriere qui se revelera d autant plus cruelle lors de la tragédie finale.Sous son apparent aspect de froideur clinique,de neutralité, la photo nous manipule sans que nous ne puissions rien y faire et nous impose au sein meme des agents,nous sommes des leurs,nous ne sommes pas pour eux,nous sommes eux.Comme eux nous percevons l evolution de l intrigue par les photos,elles sont l articulation du developpement,le souffle qui nous tient en haleine.Elles sont neutres en elles memes mais la situation d observateurs qu elles nous imposent nous force a etre dans un point de vue subjectif.Auphal devient notre proie,l animal traqué a pourchasser.
02:51 Publié dans cinema | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photographie, dossier 51, michel deville
18.06.2008
sagan
Francoise Sagan c est énrome.Imaginez la voix de fabrice luchini en train de dire cela "sagan c est enorme".Ce n etait peut etre pas un tres grand auteur mais c etait une bonne femme immense,un personnage exceptionnel digne des hommages les plus elogieux et dithyrambiques.c etait un personnage hors norme,revolutionnaire,en avance sur son temps,d une modernite implacable et d une liberte impensable pour l epoque ,provocant;vivant,libre,spontané,egoiste,terrifiant ,genereux,contradictoire ,faible,monstreux.C est le genre meme de personnage dont la vie richissime est passionnante a mettre en image.Le genre de destin a travers lequel on peut tout aborder,tout voir,qui offre un panel d emotions,de sentiments inconsiderables.Le genre de vie lyrique magnifique dont le vent de liberte ravage tout sur son passage.C est le genre de destin type flamboyant avec lequel on peut faire un chef d oeuvre tellement il est riche et complexe.Sagan etait une bonne femme d une modernite exceptionelle,qui avait tout compris a la vie,qui avait compris que tout menait a la fin , a l echec et que le seul interet de la vie etait de la vivre sans concession en se foutant de tout en en profitant en en jouissant,sans calcul sans petitesse ,toujours dans la totalite et en s assumant.Sagan c etait un diamant brut qui intincellait et qui parfois coupait.Elle etait excessive genereuse,immensemment genereuse,acariatre,desesperemment seule et sommes toutes si triste.Sagan etait une bonne femme magique,exceptionnelle,un pur destin de litterature ,jusque boutiste,vivante,libre.Enorme,vraiment.
Diane Kurys a eu l idee de faire un long metrage sur sa vie,(et quand je dis un long metrage c est qu il est long... )je ne sais pas si c est par gout ou par haine.Si c est par haine on se dit qu elle a alors raté volontairement le film (mais ce serait la oeuvre d un realisateur redoutable et rusé!) mais quand meme on en doute,faudrait etre drolement culotté ou talentueux pour faire voltairement un mauvais film;si c est par gout on se dit que diane kurys est une bien pietre cineaste.Et quand on fait le parcours de sa filmographie et que l on tombe sur des films comme:"diabolo menthe","cocktail molotov","la baule les pins","apres l amour","a la folie","je reste"...devant tant de chefs d oeuvre alors le doute n est plus permis:Diane kurys n est pas une grande realisatrice et elle s est attaqué a beaucoup plus fort qu elle.
Kurys est passée a coté de tout,mais vraiment de tout.Du personnage,de la direction d acteurs,du montage,de la realisation du film.
Rien de ce qu etait sagan ne transpire dans ce film terne et sans envergure.Il est sans ame,sans grandeur,,sans generosite,sans eclat.Il est plat plat plat,on croirait voir des episodes d un telefilm collés les uns aux autres chronologiquement sans grande conviction.Il ne reste de Sagan que l anecdotique que les grands traits de sa vie,c est sagan ca pourrait etre n importe qui.C est scolaire et appliqué.Tout ce que detestait l ecrivain.Diane Kurys récite une longue lecon monocorde dont elle a appris les mots par coeur sans en comprendre le sens. Rien dans la realisation ne laisse transparaitre la fureur et le génie sagan.La mise en scene est scolaire sans aucune inventivité et d un ennui tellement mortel que j ai piqué un petit roupillon d une dizaine de minutes.Ce qui importait n etait pas de raconter chronologiquement les etapes de la vie de francoise sagan ce qui importait etait d explorer son ame son coeur ses tripes son humanité et pas les circonstances.Quand on a un materiau comme cela on n a pas le droit de le gacher.Il me plait de rever a ce qu un desplechin aurait pu faire d un tel sujet!!un chef d oeuvre;las!revenons a la triste realite,le film est "realisé" par diane kurys,et merde!
la direction d acteurs est a l unisson de la mise en scene:tout dans l apparence,la representation,rien dans l interiorité dans le ressenti.Tout sonne faux.Testud et palmade sont ridicules.Palmade ben fait du palmade quant a sylvie testud on sent qu elle fait tout son possible pour faire apparaitre le personnage mais rien n y fait on ne voit que l actrice qui joue a etre.Et puis cette mode du grimage pour faire exister devient d un ridicule insupportable!Palmade sur son lit d hopital avec son maquillage raté est ridicule qaunt a sylvie....les bras m en tombent.Tout sonne tellement faux ,toc,désollant.
Ce film aurait mérité du bruit de la fureur de l expression de la tension de la violence du ressenti de l ampathie et là on voit des acteurs s agiter sous nos yeux totalement exterieurs au sujet.Diane kurys est passée completement a cote de son sujet,mais alors completement a un point que ca en est genant,consternant et au final insupportable.
La scene finale resume a elle seule toute la médiocrite du film,meme pas médiocrité ce serait lui faire encore trop d honneur,toute la non existence du film,son vide,son manque d ame,de creativite.La scene sur la plage devant le coucher de soleil est grottesque a un tel point qu on en a honte pour elle. On se souvient alors de Godard et sa fin de "pierrot le fou" qui devant le soleil fait dire en voix off ces vers de Rimbaud:"elle est retouvée!Quoi?l eternité.C est la mer allée avec le soleil".Et la ca fait encore plus mal.
Pour etre totalement honnete a l egard de ce film il faut tout de meme lui reconnaitre une qualité:l interprétaion de jeanne Balibar.Mais jeanne Balibar est une actrice tellement épatante que meme dirigée par luc besson elle serait géniale.Elle seule a tout compris a son role,habite son personnage,n a pas besoin d artifices ou de grimages.Jeanne Balibar est une actrice majuscule impertinante humaine nourrie et elle le prouve la encore une fois de plus.Merci d avoir ete la:une étoile filante dans ... un navet sans saveur.
23:28 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francoise sagan, diane kurys, sylvie testud, jeanne balibar
16.06.2008
l ascension sociale chez mankiewicz,fin
Qui dit famille dit demeure.La maison omni presente lieu clos qui enserre la structure familiale est la preuve de la réussite sociale.Gino Monetti y fera a plusieurs reprises allusion.Le palais de Torlato-Favrini fascine Maria et le theatre-qui est la véritable maison d'Eve-la fait vivre:"c est ici qu on respire,c est comme un parfum magique".Mais tous ces lieux qui semblent au prime abord protéger ne sont que des leurres.Le palais du comte n est que de la poudre aux yeux pour masquer son impuissance et sa decadence.Deeborah ("on murmure dans la ville")vit avec son pere chez un oncle atroce.Eve se fera jeter des theatres representation chimerique de l univers dans lequel elle vit de ses maisons mentales quant a la masion Monetti elle verra se derouler le massacre fraticide et paternel.La maison :representation visuelle et exterieure imposante de l ascension sociale s avere en fait le lieu de l enfermement,de l alienation et de la destruction.
l escalier est la métaphore photographique de l ascension sociale c est particulierement visible dans "la maison des etrangers" ou il est symbole de deplacement temporel,il est le goufre par lequel on remonte dans le temps et par lequel on retourne aux sources,a l avant reussite,a l origine,a la misere.C est egalement sur un escalier que seront dans "Eve" assises,chez Margo,Eve la prétendante au trone et miss caswell,elles sont en bas mais toutes deux veulent grimper les marches,les echelons.Eve est assise sur la gauche et Margo émechée fait une entree de champ par la droite.Eve a deja traversé tout l espace de l ecran elle a deja tout balayé,elle est en train de conquérir alors que Margo décline. Quand Mankiewicz fait un 180 degré il inverse les positions c est eve qui se retrouve a droite et margo à gauche.Cela signifie clairement que la situation est en train de changer.
Une autre partie tres importante de la maison est la chambre:c est le lieu ou se resolvent les conflits.Dans "on murmure dans la ville" Deborah y fait ses valises pour quitter son oncle odieux et c est dans la chambre qu elle partage avec son mari,le docteur praetorius,qu elle apprend qu elle est enceinte et que ce dernier accepte d en etre le pere.Dans "Eve" apres que Margo soit montee dans la chambre lors de la soirée qu elle a donnée Bill la rejoindra mais on ny verra pas ce qui s y passe.Par contre dans un decor de theatre qui represente une chambre se tient une discussion entre eux que l on peut imaginer etre celle qui ne nous a pas ete montrée.Margo fait part de ses craintes quant a son age et Bill la demande en mariage.Dans "la maison des etrangers" c est dans cette piece que le pere voit ses trois fils se detourner de lui et "dans la comtesse aux pieds nus"c est la que maria y apprend l impuissance de son mari.
La porte est également un element constitutif de la demeure comme symbole d ascension sociale,elle y tient un role fondamental.Dans "la comtesse aux pieds nus" la premiere porte que nous voyons n est en fait qu un rideau d efils brillants qui mene au couloir des loges qui temoigne du fait que Maria est comme elle le dit "une petite star ici".Lorsqu ' Harry va la chercher pour la conduire a l aeroport la porte de la batisse familiale coupe le decors en deux:d un cote un monde plein de bruits et de fureur avec une mère detestée,de l autre l univers du possible ,du reve,de l espoir.Mais lorqu harry quitte maria le soir de son mariage celle ci referme la grosse porte en bois sur lui et lorsqu il se retourne il ne voit plus qu un bout de son visage dans la petite lucarne de la porte.Dans "eve" de Witt entend les tentatives de seduction de cette derniere sur Bill parce que la porte est restee ouverte.Par la suite alors que la porte de la salle de bains sera restee elle aussi entre ouverte il lui posera les questions qui la piegeront.Dans "on murmure dans la ville",miss Pickott ne voudra parler a Elwell qu avec la porte ouverte car elle se mefie de ce qui se passe derriere les portes fermees et Shunderson pourra intervenir pour retablir la verite parce qu il aura ecouté derriere la porte,ce sera d ailleurs le seul moment du film ou il parlera.La porte qu on ouvre et qu on ferme participe de la meme thematique que celle du vetement:celle des apparences qui cachent et empechent et ouvrir la porte permet bien souvent de debsuquer le mensonge,de demystifier,de recevoir la lumiere pleine face,de comprendre.
Que la felure provienne des etres ou des choses ce reve d ascension est tellement fragile et illusoire qu il en devient un leurre pour lequel on s aveugle et detruit.C est le reve absolu de l inaccessible sauf dans "on murmure dans la ville" parce que dans ce film il n y a aucune progression sociale,aucune ascension,rien a gravir,aucun artifice auquel se raccrocher pour reussir:praetorius a toujours ete ce qu il est:un medecin. Si dans les autres films ce sont les protagonnistes principaux qui entrainent leur perte ici il ne s agait que d un seul homme ,un petit,un envieux,un mesquin qui veut provoquer la perte de l homme qu il jalouse et deteste.
L ascension sociale n est donc qu un leurre,elle n engendre que deshonneur,desolation,ruine,mort,destructions des valeurs qui cimentent solidement l amerique comme la famille et l amour.La reussite gagnee en devorant autrui se paye tres cher ,ce qu il faut ce n est pas reussir contre les autres c est reussir par soi,comme praetorius.
23:17 Publié dans cinema | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mankiewicz, on murmure dans la ville, eve, la contesse aux pieds nus, la maisons des etrangers
13.06.2008
le cube festival,les arts numériques reinventent la ville
Comme tous les deux ans la ville d Issy les Moulineaux organisait la premiere semaine de juin son festival d arts numeriques : le cube festival.Et j y etais ,forcément, à la soirée d ouverture.Et ce fut encore une fois une soirée des plus agéables.Pas pour la coupette avec dédé santini beaucoup plus affable et bonhomme à la télé qu en vrai,seul bémol de la soiréé mais pas de soirée d inauguration sans grosses huiles...mais pour tout le reste:la visite,la musique et ...le pique nique.La ville d issy a en effet a chaque fois la bonne idee d etaler sur le parvis de son hotel de ville de longues tables ou chacun peut ramener sa bouffe son vin et tutti quanti ...et je vous assure les amis qu on ne s est pas gené,bref un pique nique bon enfant et convivial ou chacun parle a son voisin.La visite des installations se fait quant à elle autour de la mairie dans des cubes chapiteaux ou en plein air.Parmi les artistes présents cette année à souligner mes préférés john gerrad et son smoke tree une installation interactive et générative en 3D qui place le spectateur face a un arbre qui prolifère d une maniere paradoxale grace aux rejets toxiques;le "ciel" de bruno rosier qui se présente comme une carte météo animée annoncant des prévisions dépendantes de la facon de bouger du spectateur;le superbe "paranoid archtecture" d emmanuel vantillard qui immerge le corps dans un espace visuel et sonore urbain qui le contraint à contruire sa propre orientation spatiale;kyoko nagashima et sa jewel box ,une vidéo d espaces interieurs qui révèle une scénographie particuliere dans une mise en abime spatiale précieuse et poétique;jane mulfinger et graham budgett deux artistes americains qui font via un pc sur batterie une collecte déambulatoire urbaine des regrets des passants et qui constituent ainsi unebase de données internationale du regret;et enfin et surtout mon coup de coeur xavier boissarie et roland cahen et leur bandoneon qui ont créé une magnifique oeuvre interactive qui invite à l exploration d un univers virtuel urbain,musical et lumineux dans lequel on navigue via une estrade sur laquelle on doit bouger comme sur une planche de surf.Cette soirée s est terminée a l auditorium par le concert d 'Ez3kiel trio francais qui nous donne a entendre de l electro et à voir des films numériques d une beauté qui m ont laissée sans voix et admirative.Ou comment allier intelligemment plusieurs arts.
On s y donne rendez vous dans deux ans?En tous les cas moi j y serai à nouveau.
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12.06.2008
la restauration de la couleur dans "un roi sans divertissement",part 2
les procédés de cinématographie en couleur sont nombreux.On trouve des procédés additifs et des procédés soustractifs.C est a ces derniers que nous nous interesserons.Ils sont parcourus de plusieurs etapes.Les années 20 sont celles de l apparition des procédés bichrome et technicolor trichrome.Les années 30 sont celles du gasparcolor et du kodachrome inversible.Les procédés chromogènes négatif/positif apparaissent en 1941 avec le nouvel agfacolor qui donnera naissance a tous les procédés modernes:gevacolor,ferraniacolor,fujicolor,anscocolor,sovcolor et eastmancolor.
Au debut des années 50 un évènement se produit dans la technologie des films couleurs qui ruine le monopole du technicolor.Kodak annonce le développement d un film multitouches a couleurs incorporées:l eastmancolor.Les couleurs sont de moins bonne qualite mais sont plus faciles et plus rapides a atteindre.Les copies sont donc moins couteuses.La télévision qui emmerge alors demande des films couleurs.On choisit alors le procédé eastman au détriment du technicolor moins compétitif financièrement.
L eastmancolor comporte trois couches argentiques superposées sensibles respectivement au rouge,vert et bleu.Dans chaque couche on trouve un sel argentique et une couleur qui,au cours du développement chromatique et des divers traitements produit pour chaque couche des colorants cyan,magenta et jaune. On fait ensuite disparaitre l image argentique noire et on obtient ainsi une image négative composée de couleurs complémentaire.Les valeurs sont complémentaires de celles du sujet.Pour le tirage on utilise un film de meme type qui rétablit les couleurs et mes valeurs du sujet.Les procédés chromogènes négatif/positif sont quasiment les seuls utilsés aujourd hui dans le cinéma commercial.
La compléxité des multiples reactions qui se produisent dans le film fragilise le produit final.Les colorants formés dans la couche sensible sont beaucoup plus intables que l argent réduit a des émulsions noir et blanc,et s effacent rapidement dans le temps.
La stabilité d un film couleur dépend de chacun de ses composants et des interactions qui se produisent entre eux.Le colorant est le produit le plus fragile.Le film eastman contient des colorants tres instables.La coloration est obtenue par association : le colorant incorporé à la pellicule est incolore à l origine ;il ne prend sa couleur qu au développement. Les colorants incorporés dans la meme émulsion multitouche ne se décolorent pas à la meme vitesse.Dans le procédé eastman les trois colorants jaunes,cyan et magenta ont des réactions différentes.Leur vitesse d hydratation va etre différent.Les domages que subit l eastmancolor se manifestent sous la forme d affectation physique:lumière,température,humidité,polluants chimiques de l atmosphère.Le film se raye,se casse...mais son inconvénient majeur est qu avec le temps le film vire au rose.
"Un roi sans divertissement" est un film tourné en Franscope-Eastmancolor.
21:14 Publié dans cinema | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : un roi sans divertissement, francois leterrier, jean giono, jean badal


