29.12.2007
le talentueux monsieur ripley
Tom Ripley,un jeune pianiste d origine modeste qui reve d un ailleurs meilleur, se voit confier par par un milliardaire americain une mission speciale :ramener aux etats unis Dicky, son fils,parti mener la dolce vita et depenser l heritage familial en Italie.Tom echoue dans une station balneaire ou il rencontre le riche heritier et sa petite amie.Il tombe sous le charme de celui qu il est venu chercher,du grand train qu il mene et devient rapidement son ami.Cette nouvelle vie et ses fastes le subjuguent tellement que bientot, pour lui ,il ne sera plus question de retourner dans son pays pour retrouver son existence terne et pauvre.Le hasard lui donnera l occasion d y parvenir et tout sera bon pour arriver a ses fins.
Anthony Minghella ordinairement a son aise dans les fresques sirupeuses qui mettent en scene des personnages trop romanesques aux sentiments ecules,mielleux qui vivent des histoires d amour qui n en finissent pas de nous ennuyer et qui n en finissent pas d en finir,nous surprend agreablement en dressant des portraits fins,travailles,subtils,fouilles et en choisissant pour les incarner des acteurs en etats de grace(ou tout simplement magnifiquement bien diriges).Jude law y est fascinant,il est le personnage de Dicky(il trouve d ailleurs la l' une de ses meilleures compositions),trop beau,trop riche,trop classe,qui semble tout survoler et a qui tout reussit magnifiquement.La grande Cate Blanchett et meme la terne Gwyneth Paltrow sont ideales dans leurs roles qui, il faut bien l admettre, sont secondaires et font surtout office de tapisseries utilitaires.Philipp Seymour Hoffman,le second couteau indispensable au cinema americain,marque de sa foce et de son empreinte les rouages du film.Il est l angoisse qui plane.A chacune de ses appartions l on s en qu il est la menace par qui les projets de Ripley vont etre dejoues.Quant a Matt Damon il se revele etre un acteur epoustoufflant,comme quoi!etre l incarnation de Ripley au plus profond de ses angoisses de ses tortures de sa noirceur,de sa folie,et etre un chanteur convainquant notamment dans sa suave reprise de "my funny valentine" de Chet Baker.La qualite d interpretaion est vraiment le premier point d orfevre du film.Le second est son scenario,un petit bijou de finesse et de precision qui releve du miracle et nous narre une histoire sombre corrosive angoissante et troublante.Il y a quelque chose de totalement jouissif et extraordianaire dans ce film c est qu il est amoral au possible.Tom Ripley,un type ingrat,serial killer a ses heures,depourvu de toutes notions du bien et du mal,depourvu de toutes formes de morale ,qui se laisse guider par une sorte d instinct sensuel suave sanguinaire animal et qui devrait attirer notre antipathie attire au contraire notre sympathie voire meme notre empathie,nous subjugue et nous envoute a un point tel que nous ne faisons plus qu un avec lui. On souhaite tellement le voir reussir,trouver le bonheur qu on comprend et approuve qu il tue encore pour s en sortir et ne pas etre pris.Apres l engrenage du premier meurtre sa seule solution est de tuer encore,qu il en soit ains!.On est en lui,on suffoque avec lui,on a peur avec lui;on eprouve ses angoisses,on ressent ses battements de coeur,on respire avec lui.C est un personnage qui se fond en nous,qui glisse et coule dans nos veines et l on souhaite vraiment le voir vaincre quelques soient les moyens qu il utilise.On vibre avec lui,il nous absorbe a un point tel que ca nous met mal a l aise et nous renvoie a notre conscience,a nos valeurs,a nos notions de bien et de mal.Le grand talent du film est d avoir su rendre avec autant de reussite de precision de justesse la personnalite complexe et insaisissable de Ripley.Ripley nous attache car il existe malgre lui,car nous ne savons qui il est vraiment et ne pouvons alors nous empecher d imaginer et de lui trouver des circonstances attenuantes.La scene du premier meurtre dans la barque est certes atroce mais ce meutre est involontaire et provoque accidentellement par un geste d enervement.Initiallement Ripley n avait nullement l intention de tuer son nouvel ami ni d usurper son identite.Si sa mort est accidentelle l usurpation d identite l est tout autant.Elle est provoquee par une erreur d un employe de l hotel qui prend Ripley pour le riche heritier.Notre jeune pianiste se dit alors tient pourquoi pas,pourquoi pas puisqu on m en donne l occasion de jouer le jeu et de gouter moi aussi a cette vie qui m a toujours ete interdite.Les motivations exactes qui font qu il accepte cette nouvelle identite qu on lui affecte restent obsucres.On peut evidemment pencher pour l argent et les fastes qu il permet mais rien n est moins sur.Il semblerait surtout que Ripley accepte sa nouvelle identite car il pense qu en acquerant le patronyme du feu dicky il en herite aussi de ses qualites physiques et morales,de son talent ,de sa beaute,de l amour qu il suscite.Chose evidemment impossible car Ripley aura beau changer de nom ses qualites resteront les siennes:intrinseques,inalterables.Quelles sont elles?Il declare vers la fin du film n en n avoir aucune et c est ce qui visiblement le desespere et le pousse a accepter cette nouvelle vie que le destin lui presente.En fait nous ne saurons rien des vraies qualites et de la personnalite de Ripley car de lui nous resterons toujours dans le flou,dans le doute,dans l obscur, nous ne le verrons sans cesse qu en representation dans la peau d un autre et meme quand il est sense etre dans sa peau l est il vraiment?les rares fois ou il n est pas dans la peau d un autre,en representaion,il semble plonger dans une folie douce et etre un etre fantasque,insaisissable.Il doit lui meme probablement ignorer qui il est ,perdu dans la complexite de son etre ,et dans les trefonds de son ame torturee et tortueuse mais une chose est sure:Ripley cherche avant tout et par dessus tout a etre aime.S il a accpete d endosser la personnalite du mort c est qu en endossant son nom il esperait endosser ses qualites et arriver enfin a se faire aimer.Ce desir d amour est tellement fort qu il est le moteur de son ambivalance sexuelle.On ne saura jamais qui il aime reelement:les hommes ou les femmes.Il veut juste etre aime.Son indecision sexuelle nous pousse d ailleurs a nous demander s il est reelement capable d aimer car a trop aimer on aime en fait mal.Et si l on est sur qu il veut etre aime on reste perplexe quant a sa capacite a aimer,a s ouvrir et a etre genereux.Durant tout le film nous ne saurons jamais s' il a en lui bonte et conscience ou s 'il n est juste qu un cynique manipulateur ,mythomane, a l esprit totalement derange. Quand vient la fin du film la question se pose: n est il pas tout simplement fou?L exploit de ce film est de nous attacher absolument a cette personnalite trouble ambigue complexe insidueuse dont nous ne saurons sommes toutes rien ou qu en apparence.Qui est Ripley?Une non personnalite?Ce personnage nous renvoie inexorablement au Gatsby de Francis Scott Firgerald;tous deux se bruleront les ailes a vouloir integrer un monde dont il ne feront jamais partie et qui les meprisera toujours.Comme chez Fitzgerald Minghella n epargne en rien la tres haute bourgeoisie notamment au travers du personnage tres gratine de Cate Blanchett(cree expres pour le film)qui pretend mepriser l argent mais qui ne frequente exclusivement que les milliardaires.Le talentueux monsieur Ripley cru 2000 est il un film politique qui dresse le portrait froid d une ame deconfite deconstruite et detruite par une societe artificielle vide, meprisante,alteree par l argent et le pouvoir ?Ou un film venineux,amoral qui dresse le portrait d une ame malsaine malade qui nous glisse ente les doigts mais que nous souhaitons capter ,retenir,une ame en puzzle dans laquelle nous nous refletons et qui nous attache ?Nous n en saurons rien car la reside toute la force du film :nous ne saurons jamais qui est Ripley.C est un etre qui nous glisse en permanence entre les doigts,dont nous ne pouvons rien retenir,un etre liquide qui s echappe avant tout a lui meme,une enigme fascinante.Et la force de Minghella est d avoir rendu cette impossiblite d etre palpable,concrete et en meme temps totalement fantomatique.Faire exister les fantasmagories,faire naitre l ireel n est pas la le devoir premier du cinema.Ce film noir,jouissif,amoral,pertinent,profond,sur une ame en deroute malade de la societe dans laquelle elle evolue est avant tout un film sur la magie du cinema,sur qu est ce que le cinema,sur la magie qu il fait naitre,et les possibles auxquels il donne vie.Et pour que la magie se distille par dela l image, ce travail d orfevre se pare d une B.O rare et subtile a recommander absolument:baker,gillespie,parker,davis ...et au milieu de ces grands noms se glisse la voie delicate et suave du talentueux monsieur Damon.Le talentueux monsieur Ripley ou la magie du cinema.
01:42 Publié dans dvd | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : film, dvd, ripley, minghella



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